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Bordeaux, comment se portent les Grands Crus?

Bordeaux… Burdigala pour les intimes… Une aura viticole mondiale, une réputation en grande partie héritée du prestige de ses grands vins de Bordeaux, un nom connu de tous les amoureux de Bacchus…

Mais saviez vous que les Grands Crus de Bordeaux ne représentent en réalité que 2% seulement de l’appellation totale des vins de Bordeaux ? Oui… 2 tout petits % qui à eux seuls font rêver bien des curieux.

Oui mais voilà, ces grands vins de Bordeaux ont-ils toujours la côte auprès des amateurs avertis et des riches collectionneurs ?

Pour mieux comprend qui sont ces grands vins petit retour en arrière…

Sur la rive gauche, les Grands Crus Classés sont régis par le classement de Bordeaux de 1855, demandé par l’empereur Napoléon III pour l’exposition universelle de Paris de 1855 dans le but de «  lister exactement et complètement tous les crus rouges classés du département, ainsi que les grands vins blancs ». Un classement établi à l’époque en fonction de la réputation des châteaux et du prix de leur production, sur la base d’une tradition vieille de deux siècles, directement en relation avec la qualité. 88 châteaux en font parti dont 61 rouges parmi lesquels les célébrissimes 1ers crus Lafite-Rothschild, Latour, Margaux, Haut-Brion et Mouton Rothschild (passé de 2nd à 1er cru en 1973), et 27 blancs provenant exclusivement de  l’appellation liquoreuse Sauternes-Barsac.

Le classement des vins de Saint-Émilion fait lui office d’autorité sur la rive droite. Etabli en 1959, il est révisable – en théorie – tous les 10 ans. La dernière modification de 2012 prononcée par l’INAO (Institut national  de l’origine et de la qualité), censée apaiser les tensions liées aux modifications faites en 2007, est loin de faire l’unanimité et sa légitimité est contestée. En témoigne un fait marquant : Ausone et Cheval-Blanc, seuls au sommet de l’appellation depuis sa création, ne règnent plus en maîtres, Pavie et Angélus les ayant rejoint au panthéon des 1ers Crus Classés A. Pomerol, autre grande appellation de la rive droite et ayant bâtie sa réputation sur le cépage merlot, n’a pas de classification mais porte en son sein elle aussi des nectars, tel l’incontournable Petrus, mythe parmi les mythes.

C’est en 1976 que tout a commencé. Le feu aux poudres est parti du jugement de Paris – fameuse dégustation à l’aveugle organisée par Steven Spurrier, au cours de laquelle un vin rouge californien (Stag’s Leap Wine Cellar) a littéralement dominé des grands Bordeaux comme Mouton-Rothschild et Haut-Brion. Cet évènement a fait trembler la viticulture bordelaise et a soulevé bien des questions.

A tel point même que le directeur de Stag’s Leap reçut des lettres de producteurs français dénonçant les résultats comme un coup de chance et que certains juges ayant participé à la dégustation refusaient toujours d’en parler en 2006… 40 ans après!

Heureusement pour Bordeaux, la presse française est restée très discrète, l’affaire s’est petit à petit tassée. L’évènement fait aujourd’hui plus figure de débat amusé entre épicuriens passionnés qu’autre chose.

Pour en revenir à la tendance toujours d’actualité des grands vins de Bordeaux, il faut aussi parler de spéculation. C’est surtout la spéculation autour de ces grands vins qui inquiète sérieusement ces dernières années.

Depuis l’envolée spectaculaire des prix du millésime 2000, très médiatisé à sa sortie, suivie de plus belle par l’explosion des prix des millésimes 2005, 2009 et 2010 – ce dernier ayant atteint des sommets en matière décadence (Château Lafite 2010 s’est par exemple envolé à 1 000 euros la bouteille !) ;  particuliers comme professionnels ont été fortement incités à voir le vin comme un produit financier et non plus comme un produit de consommation. Chose regrettable puisque c’est bien là la vocation première d’une bouteille que d’être ouverte et dégustée !

Autre conséquence néfaste pour l’image des grands Bordeaux, la contrefaçon, de plus en plus présente en Asie et notamment en Chine, elle perturbe le marché et sème le doute. Lorsque l’on trouve en Chine du Petrus 1991 alors que le vin n’est pas sorti, ou mieux encore, lorsque que les chiffres des douanes chinoises annoncent plus de Lafite 1982 dans le pays qu’il n’en a été produit en France… On est en droit de se poser “quelques“ questions…  Car même si de nombreux systèmes de traçabilité existent pour protéger les vins chers, les fraudeurs, eux, ont trop souvent une longueur d’avance.

Mais que l’on se rassure, il n’y a pas péril en la demeure. 2011 est sagement sorti avec des prix revus à la baisse (en moyenne 30% moins cher que les 2010). C’est donc une bonne nouvelle pour les amateurs de grands vins et les amoureux de bordeaux en particulier : il y en aura pour toutes les bourses !

Affaire à suivre avec la sortie prochaine des prix des primeurs 2012. Pourvu que ça dure…

Jean-Baptiste Ancelot